Théâtre

Le spectacle vivant porte en son nom sa réjouissance folle. Le théâtre, germe primordial de toutes les littératures, me plaît par sa force de vie incarnée dans les corps. C’était un rêve. Écrire pour des corps. J’ai déjà beaucoup écrit avant d’être édité, mais depuis 2019 l’on me propose de ci de là, des commandes qui sont autant de cadeaux que l’on me fait. J’adore être écrivain public.

Cournonnaises

recueil et commande d’écriture

J’ai été contactée fin septembre 2021 par Claire Rouet (médiation/programmation de la Baie des Singes) pour reprendre un projet qui était en suspens. L’intitulé « Être femme dans mon quartier » proposait une approche sociale du recueil de paroles de femmes dans leurs difficultés à évoluer dans les lieux publics. Je me suis engagée à rendre un texte, pour un podcast d’une durée de 40 minutes, le 10 février 2022 et à rencontrer les femmes en trois fois : le 2 décembre 2021, les 6 et 20 janvier 2022.
C’est Malika Leulmi de l’association Eveils Solidaires qui a organisé les rencontres avec des membres de l’association, qu’elles soient bénéficiaires (ou anciennes bénéficiaires) ou bénévoles. Très vite, grâce à l’énergie et la réactivité de Malika, d’autres rencontres se sont « improvisées » dans la maison des citoyens où différentes activités ont lieu. Il y a eu notamment deux moments avec le cours de français de Cathie Souvay de l’association SAMA qui a bien voulu me recevoir.
Le public n’est pas celui qui avait été choisi lors de l’initiation du projet et le fait est que les femmes rencontrées m’ont plutôt apporté leur récit de vie qui possède des problématiques beaucoup plus urgentes et vitales que le fait « d’évoluer dans les espaces publics ». Les femmes qui contactent ou sont « captées » par le travail de Malika ou des autres bénévoles sont des femmes qui vivent des situations de précarité et d’exclusion importantes, avec des parcours de vie très difficiles.
Pour autant, j’ai essayé de les interroger de manière plus large, leur rapport à l’espace, au déplacement, aux activités, à la valeur qu’elle donne à leur place publique en lien avec celle qu’elles ont en privé.
J’ai, à dessein, mêlé les voix, les situations sociales pour interroger la question féminine d’abord dans ses urgences, ses interrogations profondes. Il est question d’émancipation, d’éducation en lien avec le cadre et les difficultés de vie, l’histoire intime et sociale de ces femmes. Il sera question d’échec et de réussite et des pistes de médiation à travers leurs vies et leurs mots.

Extraits : 
4- Solitudes
- C'est dur depuis que ma fille est partie.
- Elle est partie quand ?
- Y a trois mois. Avant avec ma fille, je sortais.
- Elle est où ? Elle s'est mariée ?
- Non elle est coiffeuse à Cannes.
- C'est beau là-bas.
- C'est loin. Loin de moi.
- J’ai encore faim.
- Mange, prends un gâteau.
- J’ai pas faim de nourriture.
- Ah.
- Je suis allée voir ma fille à Cannes. 4 jours, j’ai vu la mer, les palmiers, son salon de coiffure, mais, elle, je ne l’ai pas assez vue. Il y avait mon frère et ses enfants, le temps de faire le voyage, la cuisine et le voyage, j’étais partie, je suis revenue à Cournon. Ma fille me manque déjà.
- Ma fille est venue aux vacances de Noël.
- Tu as de la chance.
- Elle est restée une semaine.
- Tu as de la chance.
- On a fêté Noël.
- Tu as de la chance.
- Elle était pas venue depuis 7 mois.
- Ma pauvre.
- Une semaine où elle a dormi chez moi.
- Quelle chance.
- Elle est allée voir toutes ses amies, tous ses copains.
- Oui, c’est normal.
- Elle a voulu une valise plus grande et elle est repartie hier. Elle est restée une semaine chez moi et je ne l’ai même pas vue.
- (silence)
- Mange, prends un gâteau.
- Je suis fille unique, mes parents n’avaient que moi à s’occuper, comme ils travaillaient toute la journée, j’avais une nourrice.
- J’ai deux frères, j’étais la quatrième et la plus petite, ma mère partait faire des meetings politiques, des réunions, des manifestations et me disaient : occupe-toi des hommes. Fallait que je m’occupe de mon père et de mes frères. Ma mère était féministe et tous les hommes de ma famille restaient sur le canapé.
- Des fois, je me demande s’il y aurait pas plus d’égalité en supprimant les canapés.
- Et la télécommande de la télé ?
- Et la télé ?
- Les fer à repasser.
- Les aspirateurs.
- Les repas.
- Les lits.
- Les serpillères ?
5 – Hasard 1
- J’ai l’impression d’avoir eu 20 vies. Je ne suis pas très bonne à écrire, je voudrais qu’on écrive des mots à ma place, je pleure, je mange les souvenirs, je n’arrive pas à les dire. Voilà, j’ai quarante ans, et on pourrait fêter mes cent ans. L’homme de ma vie a été un enfer. Qui m’a vue courir dans la nuit parce que j’ai peur qu’il me tue ?
5B- Hasard 2
- Y a pas de hasard
- Tu crois ?
- Oui, certaines choses sont écrites, d’autres t’attendent.
- J’aime bien partager des paroles.
- Discuter quoi.
- Non, partager des paroles, quand on raconte la réalité, on n’est pas seules.
- Surtout avec les activités.
- Non pas des activités.
- Quoi alors ?
- Des actions. Quand t’es une femme, que tu sors du silence, tu agis.

L’Apocalypse de Suzanne

Comédie sur l’amour et le couple

Un matin, Suzanne, 70 ans, est prise d’un vertige : et si sa vie n’était pas celle qu’elle aurait dû vivre ? Si tout était faux autour d’elle ? Ancienne prof de philosophie, mariée à Jacques, ancien ingénieur, elle accueille Antoine pour le week-end. Antoine a 45 ans, il est venu demander de l’aide à ses parents, il est amoureux d’une femme. Qui n’est pas la sienne.

Cette pièce explore les troubles amoureux au 21ème siècle. Quelle liberté pour aimer ? Quelles vérités dans l’amour à une époque où la peur est partout. Y a-t-il des joies possibles en dehors des héritages du passé ? Comment les êtres sont-ils enfermés, aliénés pour pouvoir se protéger ? L’amour est mystique et Suzanne envisage l’apocalypse comme un recommencement.

J’ai essayé d’être au plus juste de ces personnages, dans leur drôlerie, leurs ridicules mais aussi leurs vulnérabilités car penser et dire l’amour, c’est peindre l’intime en écho du social et du politique.

Cette pièce sera lue à la Cour des 3 Coquins le 31 janvier 2023 par Le Cyclique Théâtre

Extrait : 
SUZANNE- Il n’y aura pas d’autre apocalypse que la mienne. 
ANTOINE- Maman ?
SUZANNE- La fin du monde n’existe pas, il y a ma vie à moi, le reste, c’est trop grand, j’arrive pas à me l’imaginer, imaginer un demain pour tout le monde, surtout un demain sans moi.  
ANTOINE- Maman, tu vas bien ? Pourquoi tu dis tout ça, t’es malade ? T’as un truc grave ? 
SUZANNE- Pas de vie sans risque mon garçon, tu évites le risque, tu évites la vie.  
(Antoine soupire) 
ANTOINE- T’es à la retraite maman, tes cours de philo, c’est terminé. 
SUZANNE- L’erreur qu’on fait tout le temps c’est de penser qu’une crise n’est qu’une parenthèse ; les gens qui prennent des bus dans la gueule savent bien qu’une crise c’est un chaos qui suit son cours. C’est pour ça, qu’on ne sait pas penser demain. 

Projet Gens de Clermont

J’ai dans l’idée d’écrire ma ville et leurs habitants comme un géographe cartographie et comme un historien travaille sur des archives. J’ai commencé grâce à un projet initié par Loïc Nowak à la Cour des 3 coquins dans le cadre du master de création contemporaine. Le premier opus a été écrit à 8 mains, les autres volets pourront être écrits seule ou avec d’autres.

Gens de Clermont I- L’entre-deux villes

Textes à dire et à lire, à jouer et à penser. recueil et Commande d’écriture
 
 
 
 
Ecriture collective avec dalie Farah, Boris Klein, Eugénie Montillet et Thomas Richard.
Mise en voix et jeu : Bruno Marchand et Noëlle Miral

Extrait : 
Le Kebab- dalie Farah 
UN-Le Saint-Georges a fermé.  
DEUX- C’est bien ?  
UN-Ben non. Ils ont ouvert un kebab. 
DEUX- C’est bien ? 
UN- Ben. Tu le savais toi, fut un temps qu’il y avait trois ou quatre boulangeries avenue Charras ? 
DEUX- Non. 
TROIS- C’est comme l’œuf et la poule. 
UN et DEUX- L’œuf et la poule ? 
TROIS- Tu sais toi si les commerces ont fermé parce que les gens achetaient leur pain ailleurs et moins cher ou si les gens sont allés acheter leur pain ailleurs parce que les commerces ont fermé ? 
(Silence)
 TROIS- Vas-y dis-le. 
UN- Dis-le quoi ? 
TROIS- Que tu penses qu’un kebab c’est moins bien qu’une boulangerie. Dis-le. 
UN- Oui, j’ai pas honte de le dire, un kebab, c’est moins bien qu’une boulangerie, c’est pas… c’est pas pareil, c’est moche… et c’est pas… c’est pas pareil… c’est autre chose et surtout. 
TROIS- Surtout ? 
UN- Y en a trop. Voilà.  
TROIS- Y en a trois. 
UN- Ben c’est trop. 
DEUX- Vous êtes déjà allé manger chez Nabil ? 
TROIS- Qui c’est ? 
DEUX- Le tenancier d’un restaurant familial dont vous parlez. 
UN- Restaurant familial ? 
DEUX- J’y suis allé avec mes gosses, la pizza et les nans sont cuits dans un vrai four à pizza. 
UN- Y a des pizzas ? 
DEUX- C’est délicieux, le petit goût de four, ça fait Italie. 
TROIS- Les nans c’est pas indien ?  
DEUX- Ils font un burger au poulet super bon. 
TROIS- C’est pas américain les burgers ? 
UN- Oui, bon, c’est ce que je disais, c’est pas pareil, un kebab c’est pas français. 
DEUX- On était assis au soleil, pas loin du parvis de l’église Saint Joseph, ça s’appelle K.N.C family, King, Nan, Cheese Family. 
UN- C’est pas français tout ça. 
DEUX- Peut-être mais c’est super bon. 
UN- Ça vaut pas Chez Mario. 
DEUX- C’est vrai que c’est bon chez Mario. Moi, j’adore le bobun crevettes de la viet’s Canteen en bas vers le Château-Rouge. 
UN- Encore un truc pas français.  
DEUX- Oui mais c’est super bon, ces gens c’est pas des radins, tu prends une portion ça te nourrit la famille.  
TROIS- Tu veux de la gastronomie va au Ducher en face d’Intermarché, ou tu vas au restaurant école, Toque Académie. Tu veux des burgers américains et français va rue Anatole France, ils font faire leur pain en boulangerie et prennent la viande chez le boucher. Ça a toujours existé, on mange des trucs des autres pays quand on trouve ça bon. Je t’ai jamais vu manger du Pounti, moi. 
UN- Ben j’aime pas ça. 
TROIS- Voilà, ben c’est auvergnat, donc français. Et t’aimes pas ça. Le couscous t’en mange et tu râles pas, non ? 
(Silence) 
DEUX- T’énerves pas. C’est juste que ça lui fait peur. Le changement.  
(Silence) 
UN- Je sais pas bien où ça va. Je ne sais pas comment je vais vieillir ici. Et comment ça va se passer. Je crois que ça me rend triste quand je passe dans une rue, que les commerces sont fermés et que mes souvenirs ne se reconnaissent plus. J’ai presque plus le goût de mon passé tellement ça change vite et je n’ai pas l’imagination pour l’avenir. Alors, ça me fout la trouille. 
(Silence) 
DEUX- C’est français Picard ?  

Gens de Clermont II- La Névrose de l’ange

Ecriture en cours- Oratorio

Ce texte est né de plusieurs sources : une nouvelle, un roman refusé, la rencontre avec une comédienne clermontoise dont la prestation portait des paradoxes intéressants et un recueil de paroles initié par Loïc Nowak de la cour des 3 coquins via un projet porté par la Ville de Clermont-Ferrand.

Ces matières ont trouvé à se confondre en un texte grâce à plusieurs intuitions au cœur de ces quatre expériences.

Extrait :
LA MESSAGERE - Dieu me garde. Dieu me garde et me protège toujours. Je vois la lumière de Dieu dans chacun de mes pas parce qu’il me garde. Comme personne ne m’a jamais gardée. Mieux que ma mère et mon père, mieux que mes frères, mieux que les profs et mieux que mes amis, Dieu me garde et c’est bien comme ça. Je marche en regardant mes pieds et parfois je lève les yeux au ciel, je le vois, je le vois toujours, même si je lève la tête par surprise, je le vois, il me voit, on se regarde. Souvent je marche. Parce que Dieu me garde. Il me gardera toujours. Je ne vais jamais m’enfuir de lui. Il me parle et je ne l’entends pas toujours, je tends l’oreille, j’essaie de me concentrer ; parfois c’est le silence et d’autres fois je crois déceler quelque chose et c’est ce murmure qui me guide. Je n’ai pas besoin de comprendre les paroles, puisqu’il me garde, près de lui. Dieu me dit tout, et c’est reposant, je n’ai jamais à me méfier. Je trouve qu’il a de l’humour aussi, surtout quand je cours et que je pense à lui, je sens que c’est drôle d’avoir les cuisses qui tressautent, les seins qui bougent et Dieu qui rit avec moi. Il n’a pas honte de moi, il a pris ma honte et me garde précieuse. Je n’ai besoin de rien savoir, rien réciter, rien apprendre, rien répéter ; il me suffit d’aller dans mes prières sans mots comme dans les bras d’un fauteuil. Dieu est confortable. Dieu ne fait jamais de mal. Il s’inquiète souvent. Mais il ne peut pas tout, j’essaie de le consoler. On ne peut aimer et forcer à aimer. Il le sait bien, il a inventé l’amour. C’est lui qui m’envoie. Je n’avais pas vraiment envie de venir, encore moins de parler. Ce que je sais de Dieu, je ne l’ai jamais appris. J’ai même tout fait pour ne rien savoir. 

Gens de Clermont III- Ruptures et petits plats

Recueil et écriture en cours pour un banquet théatral

Le recueil demande à raconter une recette et une rupture amoureuse qui lui serait associée. le recueil est oral et écrit.

La forme finale sera restituée lors d’un banquet théâtral.